logo

Murielle Vanhove

  • Retable En ville closed, acrylic on wood,100x100
  • 4-retable-En-ville-ouvert,200x100
  • ELLES---Kaki,116x73
  • ELLES---Rose,100x100

 

Murielle Vanhove capture l’instant, fugace mais familier, de nos vies en accélérées. D’abord il y a le geste, rapide et franc, toujours en quête de mouvement. Puis vient le temps du regard. Guidé par la lumière, l’oeil se pose sur la toile au rythme vibrant de la touche, du motif et de la couleur. Une représentation mouvante, fluide et vitale de corps, arrêtés dans un moment familier de vie quotidienne, vient saisir dans l’intemporel les bribes d’une histoire que chacun peut reconnaître ou se plaire à interpréter au travers d’une sorte de reportage pictural de notre société.

Née à Paris en 1963, Murielle Vanhove a toujours été fascinée par la dynamique des villes et le travelling urbain. Adolescente déjà, elle observe les gens aller et venir dans la brasserie parisienne de ses parents. Cachée derrière ses carnets de dessin, elle croque cette énergie du rush, où se bousculent et se croisent une foule d’anonymes. Ayant reçu un enseignement complet de peinture, de dessin et de photographie à l’ESAG Penninghen, elle valide en 1987 un mastère de Direction Artistique qui la conduit d’abord à travailler en agences de publicité Toutefois, le besoin de renouer avec le geste et la matière se fait bientôt sentir. Après dix années de création graphique, elle décide d’abandonner l’écran au profit de la brosse et du pinceau. Ses portraits et scènes de vie citadine sont aujourd’hui collectionnés à Paris, New-York, Londres, Bruxelles, Bâle ou encore Hong Kong.

Les personnages sans visages de Murielle Vanhove : le reflet codé de notre société

Sensible à son époque autant qu’à la figuration humaine, Murielle Vanhove dépeint l’individu pour nous parler de ce qu’elle observe de la rue et retient de notre société… Le sujet de ses peintures est la figuration fugace et vitale d’une ou plusieurs silhouettes évoluant dans un espace public ou dans un lieu plus intime de vie. Correspondant aux profils récurrents que l’artiste croise au hasard d’une rue ou au détour d’un café, ces silhouettes sont aussi le reflet assez cynique d’une société uniformisée où prime l’apparence et le dictat de la mode. Figurant des personnages toujours « beaux », ses toiles nous renvoient volontairement aux canons médiatisés de la télévision, de la pub ou des magazines en papier glacé. L’artiste explique : « comme ont pu le faire avant moi les Rouart ou Norman Rockwell, je cherche à questionner mon époque en décryptant dans ma peinture des codes vestimentaires et sociaux ». Se faisant témoin de son temps, Murielle Vanhove questionne aussi l’identité et l’histoire de ses personnages. Animées par la touche enlevée de sa peinture, ceux-ci évoluent dans des scènes de vie ordinaire. Se mouvant parfois en hors-champ, ils apparaissent, disparaissent, entrent et sortent de la toile comme sur les planches d’un théâtre. Mais, contrairement aux acteurs d’une pièce, leurs rôles ne sont pas définis. Privés de visages, ils s’imposent au spectateur dans l’anonymat et n’ont pour seuls signes distinctifs que leurs démarches, attitudes ou vêtements. Leurs profils nous semblent ainsi familiers mais nous sont aussi entièrement laissés libre d’interprétation. Comme le confie l’artiste : « Je travaille sur l’identité et pourtant tous mes personnages en sont privés. D’une personne, je vais vouloir révéler l’attitude plus que le visage. En m’attachant à leurs corps en mouvement, je montre des moments, laisse deviner des personnalités et garde une grande plage de mystère pour que le spectateur puisse inventer, à partir de ce qui lui est montré, ses propres histoires ».

La peinture et le geste : déconstruction du mouvement, figuration de l’instant

Au delà de la figuration, c’est avant tout la représentation déstructurée du mouvement qui intéresse l’artiste. Fascinée par les lumières de Sorolla, les couleurs de Bonnard, la justesse picturale de Lucian Freud ou par ce que John Seed appelle « Discombobulation painting », Murielle Vahnove parvient de son côté à figer sur la surface limitée et plane de la toile ce qui relève de l’instantané. Par le geste et le traitement de la matière, elle décompose le temps et repose avec force toute la fluidité d’un moment. Tout commence par la construction d’un motif qu’elle déconstruit en brouillant la ligne, en cassant les contours et en liant les tons. Se méfiant du pinceau, qui l’inciterait à trop dessiner, elle préfère la brosse et le travail par zones. Baladant ses couleurs pour mieux figurer la lumière, elle privilégie le mélange de pigments transparents et appose ses touches par glacis superposés. À la toute fin vient alors le geste, la « touche d’adrénaline » : éclaboussures, projections ou trainées donnent le dernier mouvement, celui qui dirige le regard à la surface de la toile. Aimant peindre dans l’urgence et la spontanéité, elle a trouvé dans l’acrylique un médium lui permettant de libérer son écriture et d’approcher ce qu’elle qualifie de « moment de mise en danger, quand la main prend le dessus et qu’elle guide le pinceau ». Toutefois, si le geste est rapide, chaque oeuvre nécessite des heures de travail. L’artiste précise : « Ma peinture est rapide mais j’y retourne très souvent. Je peints, je m’arrête, j’y reviens. Je prends de la distance, retouche le tableau et répète le processus jusqu’à ce que je sois pleinement satisfaite de chaque touche ». De l’acte de peindre reste alors la dynamique des couleurs, le contraste des vides et des pleins et la révélation avouée du geste, vibrant et décisif. Donnant à sa peinture une énergie particulière qui rappelle l’Impressionnisme, ces marques indécises de l’intemporel participent tout autant à suggérer le tumulte et l’agitation qu’à figurer l’instant dans l’espace et le temps. L’on peut donc aussi voir dans sa figuration destructurée l’empreinte d’une appréhension futuriste du mouvement, exprimée en ces termes dans le Manifeste des Peintres futuristes : « …Tout bouge, tout court, tout se transforme rapidement. Un profil n’est jamais immobile devant nous, mais il apparaît et disparaît sans cesse. Étant donnée la persistance de l’image dans la rétine, les objets en mouvement se multiplient, se déforment en se poursuivant, comme des vibrations précipitées, dans l’espace qu’ils parcourent. ».

Travelling et construction narrative : du tableau à la frise

Il y a enfin dans l’oeuvre de Murielle Vanhove une subtile dimension narrative et cinématographique. La composition de ses portraits ou scènes de vie citadine lui sont souvent inspirées de photographies qu’elle s’est habituée à prendre dans la rue. L’artiste fait de ses tableaux des espaces narratifs sans limite qui impliquent une idée de travelling visuel. Saisissant le mouvement par une « figuration séquentielle » que le spectateur est amené à reconstituer de lui-même, chaque oeuvre interroge le regard et la lecture de l’image. Par des jeux originaux de points de vue et de cadrages hors champ, l’artiste questionne aussi la limite de l’espace pictural pour l’étendre au delà de la toile et susciter chez son observateur un sentiment d’immersion focale dans le va et vient continu du tableau. La plupart des toiles de Murielle Vahnove sont par ailleurs pensées pour être agencées en diptyque ou en triptyque sous la forme de frises. Créant ainsi des panoramas que l’oeil ne pourrait saisir que dans l’objectif grand angle d’un appareil photo, ces frises amplifient les effets de travelling visuel, d’immersion et d’ouverture scénique. L’artiste s’intéressant enfin au jeu de la construction narrative, certaines de ses frises sont entièrement modulables – l’idée étant, selon elle, que : « même une fois terminés, certains tableaux continuent de bouger. Celui qui les possède peut lui aussi être acteur de création en décidant, par tel ou tel accrochage, de leur forme évolutive ». Se suffisant à elles mêmes pour pouvoir fonctionner séparément, les oeuvres qui composent ces frises peuvent donc aussi se combiner au gré des envies de chacun pour faire naître de nouvelles histoires selon l’agencement opéré. De deux portraits peut se créer une grande scène de café. D’une foule de passants peut se lire et s’extraire la rencontre discrète de deux inconnus. Toutes les narrations sont possibles et laissées au choix du spectateur qui, si il le veut, peut aussi devenir narrateur.