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Franck Cavadore

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Artiste autodidacte, Franck Cavadore s’est immergé en peinture pour contredire les courants du figurable et saisir, dans une grande liberté gestuelle, l’empreinte d’indicibles rêveries.
Car au delà d’une figuration libre, grouillante de silhouettes  et de formes vitales – végétales ou animales -, se tissent sur chaque support des labyrinthes multicolores d’impressions, écrins de constellations abstraites, de vides et de pleins, qui trompent le regard pour questionner la subjectivité de chacun : entre équilibre et déséquilibre, harmonie et tumulte, l’oeuvre de l’artiste se révèle au gré d’une lecture plurielle. Certains aimeront y déchiffrer l’écriture spontanée d’un son, d’une rythmique ou d’un vacillement, d’une histoire ou d’un silence, lisible ou non entre les notes, quand d’autres y préfèreront déceler le vocabulaire sauvage et complexe d’un art brut qui s’inscrit notamment dans la lignée des papiers et « remarques marginales » d’Alechinsky. Un art brut dont les motifs et couleurs empruntent aussi aux graphies cellulaires de Dubuffet et aux luxuriances syncrétiques de Combas. Un art brut somme toute enfin d’impulsions fougueuses, singulier et généreux, qui s’impose sans peine depuis bientôt 30 ans sur la scène artistique actuel.

BIO
Né en 1956 dans le sud de la France, à Bayonne, Franck Cavadore se découvre très jeune des prédispositions pour le dessin. Dès le lycée, il s’engage donc dans la section Arts Plastiques. Il démarre sa carrière en peignant notamment des planches de surf dans des gammes chromatiques décomplexées. L’exercice le stimule et débride son imagination. Mais le dessin et la peinture le démangent. Aussi, il décide bientôt de développer une oeuvre plus personnelle, un travail puissant et intime au travers duquel va enfin pouvoir s’exprimer toute l’intensité fine et libre de sa peinture. Dès le début des années 1990, il s’embarque ainsi dans l’écriture d’une oeuvre picturale aux accents ethniques et carnavalesques, faite de figures abstraites et d’arabesques compliquées, pleines d’aplats colorés, hachurées ou cernées, et savamment agencées dans des agglomérats cloisonnés. Dans une grande liberté créatrice, il appose alors les couleurs et motifs de cet univers singulier sur divers support, passant de la toile marouflée sur bois ou sur lin à tout type de papiers, y compris les pages de bottin, qui deviendront l’un de ses supports préférés.
Partant, le succès est rapide. Dès 1990, l’artiste prend place sur les cimaises d’une galerie ayant pignon sur rue. Deux ans plus tard, Claude Le Roy lui conseille d’entrer en relation avec le Musée de la Création Franche de Bègle, dédié à l’art brut. Intégrant aussitôt le fond permanent du Musée, Franck Cavadore sera l’un des « Jardiniers de la Mémoire » de l’édition 1994. Par suite, il intègrera d’autres institutions françaises, italiennes et espagnoles. En 2006, le magazine AZART lui consacrera huit pages de reportage dithyrambique qui jetteront une nouvelle lumière sur son talent artistique, le faisant ainsi connaître auprès de nombreux collectionneurs. Il gagnera dès lors les bancs de plusieurs galeries en France et Europe, enchainant avec elles salons et expositions. En à peine trois ans, trois expositions personnelles lui seront ainsi notamment consacrée à la Galerie RIEN d’Aix-en-Provence. Au printemps 2009, il participera encore à certains des projets artistiques initiés par Jean-Marc Denan, tel ART CARS et MURS D’ARTISTES du XXI siècle. Puis, en 2013, il sera sélectionné à l’occasion du projet Marseille-Provence, Capitale Européenne de la Culture, pour l’évènement “United colors of Marseille”, et ses oeuvres seront présentées lors de l’exposition “Waterfront”. Depuis, une grande rétrospective réunissant près de 30 ans de création lui a été consacrée au DIDAM de Bayonne en février 2018.

L’artiste poursuit son exploration libre de l’espace pictural à travers notamment de nouvelles séries de toiles plus claires qui, de par leur mystérieuse dynamique graphique et leur séduisante harmonie, continuent de bousculer et de confondre nos repères dans une infinité de lectures.

COULEURS ET MOTIFS SUR TOILES
La couleur est primordiale dans l’oeuvre de Franck Cavadore. Coloriste hors pair, l’artiste habille l’essentiel de ses supports d’un luxuriant magma de tonalités fauves que lui inspirent « la nature, les saisons ou le temps qu’il fait dehors », sans compter la musique, qui constitue pour lui « une alliée précieuse, une banque de données à retranscrire où tout bouge, fluctue et s’agite de rythmes ». Mais c’est aussi dans sa vie de famille que ce peintre sédentaire puise au quotidien son inspiration. Quant aux motifs, l’iconographie singulière qu’il propose se décline d’une part au travers d’une figuration narrative d’inspiration médiévale, mêlant bestiaire mystérieux et clins d’oeil à l’horror vacui, et d’autre part à travers une déferlante de formes abstraites d’influence ethnique, issues de l’art aborigène ou de l’Egypte ancienne. Une fois les idées plein la tête, le tout prend vit sous un geste enlevé, rapide et spontané. D’abord, le pinceau est trempé dans l’encre de Chine. Puis, les espaces et motifs crées sont remplis de mélanges d’huiles ou d’acryliques aux couleurs étouffées. Sur toile de chevalet ou sur bâche monumentale s’affirment alors un univers foisonnant de figures, de hachures et de courbes, un méandre habités de silhouettes et d’aplats cernés ou cloisonnés dont les tonalités témoignent de la prédilection du peintre pour le bleu et le rouge, le turquoise et l’indigo. Jouant sur les nuances, sur les jeux de transparence et sur l’idée de cloisonnement, le travail de l’artiste évoque enfin très souvent l’art versicolore du vitrail. Intrinsèquement lumineux, celui-ci n’entend toutefois rien imposer au lecteur.

PAPIERS ET BOTTINS : POUR UNE LECTURE CROISEE
Au delà de la toile, Franck Cavadore a fait du papier l’un de ses principaux supports, apposant sa poésie sauvage sur journaux, prospectus ou bottins. L’idée résulte d’expérimentations commencées au début des années 1990, une période au cours de laquelle l’artiste s’éprend de « la façon dont le papier réagit à la peinture ». Aussitôt commence-t-il à couvrir des centaines de pages d’annuaires de pleins et de déliés en libérant son geste de toute directives cérébrales pour simplement coucher sur le papier des traits et des formes spontanées. Puis, progressivement, son univers s’installe. Sur la surface du support s’impose le tumulte d’une oeuvre plurielle. Maculés d’encre et d’acrylique, ses papiers en technique mixte se dévoilent ainsi selon une lecture croisée qui fait fusionner, par processus optique, le fond et le motif. Les contenus et les signes s’y superposent et s’y entremêlent sans hiérarchie aucune. En effet, pour l’artiste, « tous les plans ont, in fine, la même importance ». L’un masque et l’autre révèle, le tout étant de « faire bouger une surface plane, lui faire faire du bruit et y impulser la vie ». Partant, des anthropomorphes apparaissent sur une liste de noms, un crocodile semble sortir d’une eau troublée de numéros et des engrenages se dessinent sur les plis d’un journal, parmi les faisceaux ondoyants d’un pointillisme tribal.

ENCADRER LE BLANC
A l’oeuvre sur-colorée de l’artiste s’ajoutent aujourd’hui des oeuvres sur toiles ou sur papiers qui explorent, toujours au travers d’une dynamique langagière très graphique, de nouvelles harmonies aux tonalités plus claires. Une nouvelle perspective d’équilibre qui continue de bousculer les codes pour combler une horreur du vide mais qui s’opère désormais dans un jeu de lumière et de contrastes monochromes. Avec des dominantes de blanc, franches mais tachetées de bleu, d’ocre et d’orangé ou encadrées de liserés dorés, Franck cavadore poursuit son exploration artistique d’une fusion entre peinture et écriture. La trame de ses motifs se dévoile plus nettement à l’explorateur pour inviter l’oeil du spectateur-lecteur à mieux se perdre dans l’hypnotique labyrinthe graphique du support. Le tracé reste dense, continu et nervuré mais l’espace s’aère dans ses sinuosités et s’illumine de clarté pour laisser place à de plus douces rêveries ; une séduisante Symphonie en blanc laissée au regard de l’autre pour questionner mais aussi inspirer, ressourcer et apaiser, universellement.